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HPI : entre idées reçues et réalité, quand consulter ?

  • Photo du rédacteur: Laura Genon
    Laura Genon
  • 6 juil.
  • 5 min de lecture

Lorsqu'on devient parent, notre objectivité prend parfois quelques vacances. On regarde notre bébé empiler trois cubes avec une concentration infinie, et accompagné de notre regard plein de fierté, une petite voix nous souffle : « C'est un génie ». Quelques mois plus tard, il prononce un mot que personne n'attendait, fait preuve d'une logique étonnante ou pose une question qui nous laisse sans réponse… et l'idée revient.

Et pourtant, lorsque les familles arrivent en consultation, j'entends très souvent une phrase, presque pleines d'excuses, qui ressemble à celle-ci :


« Je n'ai pas envie d'être le genre de parent qui pense que son enfant est exceptionnel… mais je me pose quand même la question. »


Car depuis quelques années, le Haut Potentiel Intellectuel (HPI) est devenu un sujet très médiatisé. Entre les livres, les réseaux sociaux et les nombreux témoignages via podcasts, il est parfois difficile de distinguer les idées reçues de ce que montrent réellement les recherches. Alors, comment savoir si cette question mérite d'être explorée ? Dans quelles situations référer vos questions auprès d'un psychologue est-il réellement utile ?


Le HPI est avant tout une particularité du fonctionnement intellectuel


En effet, le premier point important est sans doute celui-ci : Le HPI est avant tout une particularité du fonctionnement intellectuel et non une pathologie ou un trouble.

Le Haut Potentiel Intellectuel désigne un niveau de fonctionnement intellectuel significativement supérieur à la moyenne, objectivé par un quotient intellectuel (QI) d'environ 130 ou plus lors d'une évaluation psychométrique standardisée.

Contrairement au TDAH, aux troubles du spectre de l'autisme ou aux troubles des apprentissages, le HPI n'est pas considéré comme un trouble neurodéveloppemental et ne figure pas dans les classifications diagnostiques internationales (DSM-5 ou CIM-11).

D'ailleurs, dans notre jargon des psychologues, pour explorer la question de cette caractéristique cognitive, nous ne parlons pas de démarche diagnostique mais d'identification du HPI.


Il est à noter également que si le HPI est aujourd'hui identifié à partir d'épreuves psychométriques validées, cette approche ne résume néanmoins pas toute la richesse des capacités humaines. Le psychologue Howard Gardner a notamment proposé la théorie des intelligences multiples, rappelant que les talents peuvent s'exprimer dans des domaines variés (linguistique, musicale, corporelle, interpersonnelle, etc.). Bien que cette théorie ne soit pas utilisée pour identifier un HPI, elle nous invite à garder à l'esprit qu'un enfant peut présenter des compétences remarquables sans être HPI, tout comme une personne HPI ne sera pas exceptionnelle dans tous les domaines. 1


Pourquoi parle-t-on autant du HPI aujourd'hui ?

Il est difficile d'ignorer la place qu'occupe aujourd'hui le HPI dans les médias et sur les réseaux sociaux. Cette visibilité a eu des effets très positifs. Elle a permis de mieux reconnaître certains enfants dont les besoins étaient peu compris, et a donné à de nombreux adultes l'occasion de mettre des mots sur un sentiment ancien de décalage.

Mais cette médiatisation a également favorisé la diffusion de nombreuses idées reçues.

On lit souvent que les personnes HPI seraient systématiquement hypersensibles, qu'elles auraient une "pensée en arborescence", qu'elles ressentiraient davantage les émotions ou qu'elles seraient naturellement plus créatives.

En réalité, les recherches scientifiques sont beaucoup plus nuancées. 2

À ce jour, aucune de ces caractéristiques ne peut être considérée comme spécifique au HPI. Certaines personnes à haut potentiel s'y reconnaissent, d'autres pas du tout. Les études montrent surtout une grande diversité des profils : il n'existe pas une manière unique d'être HPI. En d'autres termes, il n'existe pas de "personnalité HPI".

En consultation, il est fréquent que des adultes évoquent un sentiment de décalage présent depuis l'enfance. Ils racontent parfois avoir eu du mal à trouver leur place, s'être souvent ennuyés à l'école, avoir l'impression de réfléchir différemment ou de ressentir les choses plus intensément. Ces expériences sont bien réelles et méritent d'être entendues.

Mais elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un haut potentiel intellectuel.

Ces difficultés peuvent avoir de nombreuses origines : un trouble anxieux, un TDAH, un trouble du spectre de l'autisme, des expériences de vie particulières, certains traits de personnalité... ou parfois un haut potentiel.

L'objectif d'une consultation n'est donc pas de confirmer une hypothèse à tout prix, mais de comprendre ce qui explique le mieux le fonctionnement de la personne.


Quand un bilan est-il pertinent ?

Un bilan neuropsychologique peut être particulièrement utile lorsqu'il répond à une question clinique précise.

Par exemple :

  • un enfant présente des difficultés scolaires malgré de bonnes capacités d'apprentissage ;

  • l'école ou les parents s'interrogent sur un fonctionnement cognitif atypique ;

  • un adulte souhaite mieux comprendre son fonctionnement après un parcours marqué par un sentiment de décalage ;

  • il existe une suspicion de TDAH, de trouble du spectre de l'autisme ou d'un autre trouble neurodéveloppemental ;

  • des difficultés cognitives ou émotionnelles persistent et nécessitent une évaluation approfondie.

Dans ces situations, le bilan ne consiste pas uniquement à mesurer un quotient intellectuel.

Il permet d'explorer le fonctionnement cognitif dans son ensemble : les capacités de raisonnement, l'attention, la mémoire, les fonctions exécutives, mais aussi les éventuels points de fragilité. L'objectif est de répondre à une question clinique et d'orienter, si nécessaire, vers un accompagnement adapté.


Le HPI peut coexister avec d'autres difficultés

Avoir un haut potentiel n'empêche pas de rencontrer des difficultés psychologiques.

Comme tout le monde, une personne HPI peut présenter un trouble anxieux, une dépression, un TDAH ou un trouble du spectre de l'autisme. À l'inverse, certaines personnes attribuent leurs difficultés au HPI alors qu'elles s'expliquent davantage par un autre fonctionnement neurodéveloppemental ou par une souffrance psychologique. Par exemple, la présence d'un HPI peut agir comme un facteur protecteur contre des troubles d'inattention plus sévères. 3 C'est pourquoi une évaluation globale est souvent plus pertinente que la simple recherche d'un haut potentiel.


Ainsi, en tant que neuropsychologue, mon rôle n'est pas d'attribuer une étiquette, mais d'aider à comprendre un fonctionnement cognitif dans toute sa complexité. Comme le rappellent les auteurs S. Brasseur et C. Cuche, le haut potentiel ne se résume jamais à Score Total. Son expression dépend de l'interaction entre les capacités cognitives, les caractéristiques de la personne et son environnement1. C'est pourquoi deux personnes HPI peuvent avoir des parcours, des difficultés et des réalisations très différents.

Au fond, la question la plus importante n'est peut-être pas : « Suis-je HPI ? » mais plutôt :

« Que puis-je mieux comprendre de mon fonctionnement pour avancer plus sereinement ? »

Car connaître son potentiel n'est pas une finalité. Mieux se comprendre, reconnaître ses ressources, identifier ses besoins, accepter aussi ses fragilités, et trouver un environnement dans lequel il pourra s'exprimer pleinement, c'est souvent là que commence le véritable travail clinique.

Ainsi, finalement, la question essentielle n'était pas de savoir qui est « à haut potentiel », mais comment permettre à chacun d'exprimer le sien ?


Figure 1. Le haut potentiel : un équilibre dynamique. Note. Schéma réalisé par l'auteur à partir de la conceptualisation proposée par Cuche et Brasseur (2021).
Figure 1. Le haut potentiel : un équilibre dynamique. Note. Schéma réalisé par l'auteur à partir de la conceptualisation proposée par Cuche et Brasseur (2021).

1 - Cuche, C., & Brasseur, S. (2021). Tout savoir sur le haut potentiel : Surdoués, zèbres, haut potentiel... qu'est-ce qui se cache derrière les mots ? De Boeck Supérieur.


2 - Ogurlu, U., & Özbey, A. (2022). Personality differences in gifted versus non-gifted individuals: A three-level meta-analysis. High Ability Studies, 33(2), 145–168. https://doi.org/10.1080/13598139.2021.1985438


3 - Tasca, I., Guidi, M., Turriziani, P., Mento, G., & Tarantino, V. (2024). Behavioral and socio-emotional disorders in intellectual giftedness: A systematic review. Child Psychiatry & Human Development, 55(3), 768–789. https://doi.org/10.1007/s10578-022-01420-w


4 - Reuwsaat, K., Poltronieri, B., Panizzutti, R., & Velasques, B. (2026). Giftedness: A critical analysis of theories and identification methods in light of contemporary neuroscience. International Journal of Developmental Neuroscience. Advance online publication. https://doi.org/10.1002/jdn.70126

 
 
 

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